En dépit du bon sens
Laurent Carpentier
J’ai rencontré Jean-Paul Van der Elst sur un terrain de foot.
Il jouait comme il dessine : en dépit du bon sens, et c’est ça qui était réjouissant.
Après on a travaillé ensemble. C’était au nouvel Économiste. Il en était le directeur artistique. À Balard. Le bout du monde quand on habite à la Porte dorée. Dans le métro, pendant les réunions, à la cantine, dans la rue, il passait sa vie à remplir des carnets. C’était comme ça avant le nouvel Économiste. C’est comme ça depuis. Jean-Paul a mille idées à la minute qu’il ne sait pas comment faire sortir autrement qu’en les dessinant.
De lui-même il dit : « Je nais le 3 août 1955 à Paris d’une mère beauceronne qui regrette sa campagne et d’un père titi parisien, électricien, qui voulait être boucher. Je suis l’aîné d’une famille de cinq, mais dans ma tête je suis toujours le petit dernier. » Jean-Paul dit toujours la vérité. Mais il a fait de son immaturité une arme ; et de ses névroses, un chaudron. Un nom en dit long : Crottes. Le village de sa mère. J’y suis passé une fois. La Beauce. Crottes-en-Pithiverais. 300 habitants. L’imagination – des jeux, des dessins – pour échapper au destin.
Le voici destiné à devenir apprenti électricien. Les Arts graphiques le sauvent. Il passe trois concours avec succès et choisit l’école Estienne. Là, enfin, il est bien. Dès lors, il ne cessera plus de créer.
En marge du travail (après le nouvel Économiste, il sera débauché par L’Expansion), il explore mille univers. Matière, peinture, bouchons... chaque chose ramassée, chaque histoire croisée, l’emmenant ailleurs. Sa chambre devenue le nid d’un univers parallèle. Il faut avoir vu en 2014 sa double exposition au théâtre Mouffetard et à la Cité internationale (dans le cadre de la Biennale des arts de la marionnette) pour en prendre la mesure : totems, robots, bateaux, tout en matériaux de récupération, structures colorées – ludiques ou effrayantes – qui rappellent par moment les constructions géniales d’un Miyazaki. C’est là, dans cet atelier, qu’est né CoinCoin, cet autre lui-même.
Un jour, Jean-Paul qui n’avait jamais rien cassé, a cassé son cœur d’artichaut. Et de ce lui-même en mille morceaux, et de ce monde en mille morceaux dans lequel il vit et nous vivons, il a commencé à reconstruire le puzzle. En dessins comme toujours.
Jean-Paul Van der Elst est devenu artiste en dépit du bon sens. Et pour vous comme pour moi, c’est ça qui est réjouissant.
Foire Aux Questions
En quoi c’est fait?
Il y a de tout mais surtout du carton, des bouchons (en liège) et de la peinture acrylique pour faire les matières. Après je récupère tout, les bâtonnets de glaces, les noyaux d’olives sur les pizzas, des anciennes règles en bois, des bouts de tubes de peintures, puis des matières organiques mais vu comment ça réagit avec le temps j’ai un peu arrêté.
Bon on va pas faire la liste exhaustive ça ferait beaucoup… vous avez qu’à deviner!
Comment ça a commencé?
Alors ça dépend on parle de quoi? Parce que si c’est les robots alors ça fait peut-être depuis un peu plus de vingt ans, je ne sais plus trop.
…Et c’est à vendre?
Oui, oui oui, mais alors on fait comment? Vous m’envoyez un mail et puis je vous montre ce que j’ai?
On peut visiter ton atelier?
Oui, c’est possible! Attention par contre c’est tout petit (et puis je vais peut-être devoir déménager. ) Envoyez-moi un mail pour prendre rendez-vous.